Raoul sur la route

Le signal du promeneur, Céline Chariot

Prenez cinq jeunes acteurs belges très brillants. Faites-les se promener dans la forêt des Ardennes sous la neige. Agrémentez de nombreuses lectures de H.D Thoreau, Fritz Angst, Guy Debord et Jean-Jacques Rousseau. Pimentez le tout d’un travail de plateau exubérant. Laissez reposer quelque temps… Et vous aurez Le signal du promeneur, un spectacle surprenant sur des hommes en rupture avec la société. Des hommes qui fuient en s’isolant, en mentant, en s’exilant. Oscillant entre le sordide et le grotesque, la lucidité et la folie, Le Raoul Collectif n’en finit pas d’exploser les idées reçues.

Olivia Barron : Le signal du promeneur, forme hybride, musicale, détonne par sa poésie décalée. Comment s’est déroulée la création ?

Le signal du promeur lors d’une représentation dans les Vosges, Céline Chariot.

Le Raoul Collectif:

Nous nous sommes intéressés aux histoires réelles d’hommes en rupture radicale, parfois violente, avec la société. Leur rejet du conformisme, des bienséances, nous a totalement dérouté. Parmi eux, Jean-Claude Romand qui a mené une double vie, se faisant passer pour un médecin, avant d’abattre toute sa famille. Et Christopher Mc Candless qui s’est enfui seul dans la nature influencé par ses lectures de Thoreau (son histoire est reprise par le film Into the wild). L’engouement qu’a suscité le film Into the Wild chez les jeunes est éloquent. Il révèle le désir inconscient d’une génération, celui de rompre avec un système anxiogène et uniformisant. L’auteur du roman Mars, Fritz Angst, souligne d’ailleurs qu’ « une société dont les enfants meurent d’incarner parfaitement le modèle de cette société n’en a plus pour longtemps ». C’est ce « cri viscéral du vivant », cette révolte commune qui nous a frappé dans la vie de nos cinq protagonistes.Dans notre spectacle, leurs histoires ne se répondent pas directement mais s’entremêlent, en miroir. Et comme nos cinq protagonistes avaient une passion commune, la marche, métaphore de leurs exils intérieurs, nous aussi nous avons marché pour construire la trame du spectacle ! Nous sommes partis ensemble dans la forêt des Ardennes puis dans les Cévennes. Ces randonnées nous ont permis d’explorer l’errance, de creuser la solitude, même au sein d’un groupe. Explorer cette rêverie du promeneur solitaire dont parle si bien Jean-Jacques Rousseau. Mais aussi cette errance secrète du meurtrier Jean-Claude Romand qui se promenait dans la forêt du Jura quand tout le monde le croyait au travail.

Olivia Barron : Une radicalité destructrice traverse Le signal du promeneur. Le théâtre est-il pour vous lié à une forme de transgression, de prise de risque ?

Le signal du promeur lors d’une représentation dans les Vosges, Céline Chariot.

Le Raoul Collectif :Pour nous, le théâtre est plutôt un cri de révolte. Le fait de travailler en collectif est déjà une forme de résistance face à l’individualisme. Nous refusons le dictat d’un metteur en scène, d’être dirigés par un  petit chef. Si le travail en collectif est plus long, plus laborieux, c’est aussi un rêve, un élan vers la démocratie. De plus, les problématiques du collectif ont nourri notre spectacle de l’intérieur par les tensions entre l’individuel et le groupe. Notre prise de risque s’inscrit aussi dans la recherche constante d’une forme vivante, en évolution. Notre collectif s’appelle « Raoul » en hommage au situationniste belge Raoul Vaneigem, qui prône « la résistance aux formes figées par la jubilation ». Le plaisir du jeu, la joie, l’énergie sont au cœur de notre pratique artistique. Nous résistons aussi par une certaine forme de lenteur, en refusant de produire frénétique des spectacles. Dès que Le signal du promeneur a commencé à avoir du succès, on nous a dit « il faut faire un autre spectacle, vous devez surfer sur la vague ». Plutôt que faire des spectacles qui se périment à vitesse grand V, nous avons envie de prendre tout notre temps. D’autant que le secteur de la culture est menacé en Belgique francophone, les aides au théâtre notamment.

Le signal du promeneur, Raoul Collectif. De et avec Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szezot. Au théâtre de la Bastille jusqu’au 13 Décembre.

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